Friday, April 06, 2007

Le geste de l'aiguille



Une main, une aiguille, des théières sur une étagère. Quel est le lien? Tout simplement celui qui les a assemblés et photographiés...


Bonjour Amis de l’Acupuncture,

Lorsque j’enfonce une aiguille, chacun de mes doigts exécute un travail précis et différent selon le patient, la technique, les particularités de l’aiguille. Le moment instantané de l’aiguille qui pénètre dans la peau, puis l’accumulation des moments instantanés et successifs de l’aiguille. Le geste de la main et du bras, condensé de tous les gestes antérieurs et successifs, et s’y ajoutant pour le rendre plus précis, toujours perfectible et donc jamais parfait. La danse, la chorégraphie de la main et des aiguilles, cherchant à recréer l’harmonie du corps chez le patient.

Le professeur Huang Weisan cherchait le point de l’index de la main gauche. Les doigts de la main droite tenaient l’aiguille par le manche et approchaient le point en faisant un geste courbe et maîtrisé, comme une arabesque contenue. Cette courbure semblait une forme d’élégance superflue, mais introduisait discrètement une esthétique du geste. Amener la pointe de l’aiguille au point dans la liberté du mouvement, puis laisser la place à la technique.

Geste dix mille fois répétés, dix mille comme « wan » 萬, l’unité chinoise signifiant la presque éternité, le refus de terminer, le comptage sans limite, comme ce souhait risible et honteux de la longévité de Mao : Mao Zhuxi Wansui, 毛 主席 萬歲, « Dix mille ans de vie au président Mao », honte des dirigeants chinois devant leurs pauvres victimes, les 10.000 chinois innombrables, car dix mille n’est pas un chiffre, c’est la négation d’un nombre, le rejet d’une limite, d’une fin, illusion rassurante et combien stupide d’une masse conditionnée par la manipulation de ceux qui s’en servaient pour leurs propres desseins.

Autour de l’aiguille s’arrangent et se disposent des situations uniques, en une toile tissée à travers le temps et les espaces d’une vie passée à faire coexister cet instrument discret dans un rapport bienveillant entre le médecin du corps et la souffrance du patient.

En moi s’élevaient aujourd’hui des voix qui m’incitaient à parler de ces instants où mon désir et mon effort d’équilibre est confronté avec la dysharmonie d’une vie, le chaos d’un organisme en un endroit précis ou dans son ensemble même.

En moi s’élevaient des voix qui, avec urgence, me poussaient à écrire cette multitude de gestes dont la signification est portée par un corps qui vit une douleur et mon aiguille qui doit la vaincre, faisant se joindre mon élan intérieur et la demande silencieuse d’une plainte exprimée.

J’ai écouté ces voix et souri à leurs exigences car elles rejoignaient mes envies. Il n’était cependant pas encore l’heure de faire surgir le mystère de ces gestes, leurs normes et leurs variations. Alors je me suis contenté d’évoquer le temps de quelques phrases une facette du monde qui m’habite.

Les praticiens chinois ont magnifiquement décortiqué et décrit, en des termes parfois imagés ou poétiques, la Technique de la Main, Shoufa, 手法, c’est-à-dire la façon d’utiliser une aiguille, commençant par la base pragmatique, puis s’égarant dans des complications à décourager les mains les plus virtuoses. Aussi faut-il viser l’utile et l’efficace, ce que je fais bien sûr dans mes cours, sans pouvoir résister à la tentation de mentionner les manipulations nées d’un syncrétisme effréné cherchant l’accord parfait résonnant dans tout l’univers.

Au mois prochain, chers Amis de l’acupuncture,

François Beyens

N’hésitez pas : visitez le site : http://www.acupuncture-plus.org/

Et le blog : http://uneminedinformationssurlacupuncture.blogspot.com/

Apprenez à me connaître, ayez envie d’en savoir plus, commandez le Tome I, le Tome II, ou les deux (avec un cadeau à la clef) ou contactez-moi pour plus de renseignements.

Et si vous habitez au Canada allez sur le site:

http://www.trafford.com/4dcgi/view-item?item=11523&22063826-22657aaa

0 Comments:

Post a Comment

Links to this post:

Create a Link

<< Home