Wednesday, October 04, 2006

Un peu d'égo à Athènes et à Thessalonique


Lettre Mensuelle Octobre 2006

Bonjour, Amis de l’Acupuncture,

Je vous écris de Thessalonique, une belle ville étalée le long d’une enclave dans la mer d’Egée, près de laquelle je pus visiter le tombeau retrouvé intact de Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand. Sur le toit de l’hôtel se trouve un grande terrasse dominant la baie où, à l’ombre d’un parasol je me suis installé pour écrire.

Ce que je fais dan cette ville ? L’Association des Médecins Acupuncteurs du Nord de la Grèce m’y a invité pour prononcer le discours inaugural de leur cours. Etant le premier à parler, et ayant un temps de une heure et demie, je me sens investi d’une certaine responsabilité. Hier c’était à Athènes que j’officiais dans le même cadre et la confiance des organisateurs m’a touché.

Je n’ai pas besoin de papier ni de texte. C’est un plaisir de conter cer qui surgit du plus profond de moi, un peu pêle-mêle, et qui a trait à ce qui les attend. L’aventure, la découverte, les efforts, les doutes, les questions, les enthousiasmes et les déceptions, les surprises et les erreurs.

Je les sens attentifs, sans préjugé ni méfiance. Ils ne bougent que pour dégourdir un membre ou changer de position. Je les rassure, je les encourage, je les préviens. Je les fais rire aussi pour me rapprocher d’eux. Je me promène entre les rangées, mes bras font de larges mouvements, ma voix passe du sonore au murmure, du discours à la confidence, et je sens qu’ils apprécient ces ruptures dans la monotonie qui guette une parole trop linéaire. Oui, c’est vrai, je leur offre l’information sous forme de spectacle, de voyage où je les emmène de la découverte de l’acupuncture en Occident (surtout dans les années 70) à la situation actuelle, à travers des histoires ou des souvenirs. Je leur parle bien sûr de ICMART (International Council of Medical Acupuncture and Related Techniques) dont l’utilité n’est pas évidente pour chaque individu mais essentielle pour le monde de l’Acupuncture Médicale. Je les fais entrer par instants dans ce monde, expliquant les grandes excitations des congrès, l’information des séminaires, le réseau tissé par tous ceux qui aident à la défense et à la promotion de cette technique qu’ils vont apprendre mais dont ils ne connaissent encore rien.

Debout au milieu d’eux j’ai envie de les toucher, comme je le fais avec mes étudiants chez moi. Ma main se pose sur une épaule, elle ébouriffe légèrement des cheveux, tape sur un dos en passant. Mais ici je ne les connais pas et cette formule acceptée par mes étudiants serait peut-être mal perçue ici.

Pourtant, à mes yeux, ils sont tous les futurs enfants de l’acupuncture et pour moi, dont les années commencent à compter, ce sont d’une certaine façon aussi mes Enfants de l’Acupuncture, et j’aime cela. L’inspiration qui me vient alors en puisant dans l’abondance de sujets qui m’habitent et en choisissant ceux qui sont appropriés au moment présent font que d’une fois à l’autre ce que je dis est différent, autre, quoique participant de la même filiation de pensée. L’interprète est étonnée que ce que je dis aujourd’hui à Thessalonique est au moins pour moitié différent de ce que j’ai dit hier. Je fais confiance à mon intuition - et à mon entraînement- pour présenter une parole cohérente et qui puisse leur servir lors du chemin ardu qu’ils vont parcourir. D’une part je dépens du vagabondage de ma pensée mais d’autre part je ne désire pas perdre de vue la raison pour laquelle je suis ici : élargir leur horizon, renforcer les décisions, éliminer les hésitations, et les faire entrer « en petite pompe » dans le monde si stimulant de l’acupuncture.

J’use donc de la spontanéité et de l’inspiration mais je n’en abuse pas. Je me veux efficace et utile, au détriment de ma mémoire car je ne me souviens pas toujours de ce que j’ai dit.

Pour illustrer ce dernier point, un souvenir : il y a quelques années j’étais convié à Bad Neuheim pour fêter les 70 ans du Dr Jochen Gleditch, qui fut un des présidents de ICMART, et que tout le monde apprécie pour sa gentillesse, sa générosité, sa douceur. Après le banquet, lors que vint mon tour de parole, je me levai et prononçai quelques mots de circonstance, à ma manière qui est particulière, et terminai en disant : Mon cher Jochen, tu es le Sourire de l’Acupuncture ».

A la fin de la soirée il vint me trouver pour me faire part du plaisir que lui avais procuré mon petit discours, et pour m’en demander le texte. Je dus lui répondre : Jochen, je n’ai pas de texte, tout est venu comme ça, grâce à l’ambiance, à l’affection que nous te portons tous… et un peu à l’alcool qui délie les langues et stimule la parole.

Mais pas la mémoire, car je ne souviens plus de ce que j’ai dit, et c’est toujours comme ça quand je veux être spontané.

Mmm, un peu superficiel le bavardage de ce mois. J’essayerai d’être plus technique le mois prochain.

Alors, Chers Amis de l’Acupuncture, au mous de novembre.

Acupuncturalement Votre,

François Beyens