Friday, July 28, 2006

Faut-il être systématique?

Bonjour, Amis de l’Acupuncture,

Le temps des vacances ? Mmmm, plutôt pour moi le moment de rattraper les retards et, lors de journées caniculaires où les secondes se traînent, de puiser en moi des sources de réflexion ou de souvenirs.

Je raconte quelque part, je pense dans mon second livre (il paraîtra bientôt) l’anecdote ou mon ami Michael Hammes me dit : « François, en acupuncture, il ne faut jamais être systématique ». L’histoire qui suit lui donne bien raison.

La névralgie du trijumeau est une affection très douloureuse qui se manifeste par des décharges électriques au niveau de la face, soit spontanément, soit lorsque le patient touche certains endroits du visage, ou lorsqu’il se lave, lorsqu’il mange, se lave les dents, etc. Et cela d’un seul côté. Les médecins connaissent bien cette maladie parfois très pénible. Pour ceux qui sont moins familiers avec elle je suggère de surfer sur Internet, vous trouverez vite de nombreux sites qui y sont consacrés.

Les causes sont variées, et les traitements proposés sont soit médicaux soit chirurgicaux. Parfois cependant l’acupuncture elle-même peut soulager ou même couper la période de crise.
Sans entrer dans le détail du traitement (il se trouvera sûrement dans un de mes livres futurs), celui-ci consiste, entre autres, en la piqûre d’un certain nombre de points au niveau du visage du côté où se manifestent les décharges électriques. Or il y a quelques années, lors d’un séminaire donné en Allemagne et où je parlai justement de cette névralgie, un des participants leva le doigt : « Notre professeur nous a dit qu’il ne fallait jamais piquer du côté malade ».
Voici quelle fut ma réponse : « Je comprends son idée. Rien que de toucher le visage, surtout certaines zones particulières (appelées gâchettes) fait démarrer la crise. Mais ce n’est que lorsque le patient lui-même effectue ce geste. Par contre je n’ai personnellement jamais déclenché ni une crise ni un choc électrique lorsque moi-même j’ai touché son visage. Je suis d’ailleurs obligé d’expliquer cela au patient qui redoute le fait que je vais le « toucher ». Essayez avec vos malades et vous verrez que ce que je vous dis se confirmera. »

En moi-même je m’irritai de ces phrases catégoriques et de ces interdictions absolues énoncées par des enseignants, qui allaient à l’encontre, non seulement de mon expérience, mais également de ce qui était écrit dans les manuels !

Il y a deux semaines une patiente d’un certain âge revient parce qu’une nouvelle crise venait de commencer. J’avais déjà pu la soulager deux fois (les douleurs étaient pénibles mais pas insupportables comme elles peuvent parfois l’être), aussi elle s’est présentée dès le début. Ses douleurs apparaissaient dans le domaine de la branche ophtalmique (il est plus fréquent que la zone douloureuse se situe au niveau de la branche maxillaire ou mandibulaire). Elle s’allonge sur la table de traitement et me montre du doigt, sans se toucher, où elle a mal. Autour de l’œil, sur le front et un peu dans les cheveux. Confiant en mon expérience de plusieurs décennies je pose mon doigt juste au-dessus du sourcil, je le fais glisser vers le haut dans la direction montrée par la patiente…et je provoque une crise !

Par la suite j’ai évité de « faire glisser » mon doigt sur la peau et je me suis contenté de le poser. Plus aucune crise ne se déclencha lors de ce geste. Quant à la pose des aiguilles, elle n’a jamais rien provoqué d’électrique.

Conclusion ? Il ne faut jamais dire jamais. Toutefois je pense que c’est le fait d’avoir fait glisser le doigt qui est coupable. C’est en effet un geste que je faisais pour la première fois, suivant automatiquement le chemin montré par la patiente. Il me faudra donc vérifier la différence entre « poser » et « faire glisser ».

Néanmoins je continuerai à piquer du côté malade.

Mais je ne serai jamais systématique…

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