Thursday, July 27, 2006

Consultations et Médias

Bonjour, Amis de l’Acupuncture,

Oui, oui, je sais, j’ai sauté la lettre du mois de juin. Mais les congrès se sont suivis sans que j’aie presque le temps de souffler, ce qui désorganise les activités habituelles. Ne croyez pas que vous en êtes les seuls à en être victimes, la liste de « choses » à faire est encore longue.

Toutefois j’ai décidé de prendre cet après-midi, samedi 8 juillet, pour cette lettre mensuelle qui me tient à cœur. D’abord parce que je me suis engagé à l’écrire, ensuite parce que c’est un excellent stimulus à penser et à réfléchir.

L’autre jour une chaîne de télévision est venue filmer chez moi. Non, ce n’est pas pour m’en vanter. Un collègue me l’a envoyée parce qu’il n’avait pas le temps, et que mon intérieur très « chinois » plaît aux journalistes et aux caméramans (j’aurais aimé un mot français pour ce franglais, mais tant pis). D’habitude le scénario est standard : interview, quelques questions, des vues du cabinet dont les murs sont couverts de rouleaux ou de calligraphies, et hop ils sont partis. Maintenant avec les caméras sur l’épaule le matériel est devenu plus simplifié.
Cette fois-ci les deux jeunes voulaient me suivre pendant mes consultations. J’ai acquiescé pensant que cela n’allait pas poser de problèmes. C’est vrai qu’il n’y en eut pas, mais j’ai été sous tension pendant les quatre heures qu’a duré l’opération. Vous allez comprendre pourquoi et ce sera l’objet de ma réflexion d’aujourd’hui.

Le respect du patient.

D’abord je ne devais pas montrer ma tension interne (une tension justifiée par la préoccupation vis-à-vis des patients). Je m’appliquai à marcher plus lentement que d’habitude, à sourire le plus possible, à être attentif au moindre malaise « non-dit » du patient. Je leur annonçais que la télévision était là, d’une voix mesurée et naturelle, je souriais et leur demandais s’ils ne voyaient pas d’inconvénients à ce qu’ils soient filmés pendant l’interrogatoire, l’examen et le traitement. Tous ceux à qui je le proposai ont accepté, sauf une jeune femme, enceinte de six mois et souffrant d’une lombalgie, et qui par coquetterie ne voulait pas montrer sa silhouette. Elle était par contre toute prête à témoigner « habillée » du soulagement qu’elle ressentait après trois séances.

De ma propre initiative j’en éliminai quelques uns : un homme souffrant de myélite de cause et de profil indéterminés, qui ne venait pas pour cela mais je ne trouvai pas nécessaire de lui infliger un effort supplémentaire, deux vieux habitués qui n’auraient pas eu grand chose à dire, un avocat guindé.. Mes deux journalistes partirent juste avant que n’arrive une charmante et jolie jeune femme danoise, avec laquelle je parlais en anglais (elle a un délicieux accent des faubourgs de Londres) et qui était toute prête à montrer son postérieur piqué, d’autant plus qu’elle se trouvait soulagée par le traitement. Tant pis pour les téléspectateurs.

Je dois vous avouer que j’ai eu de la chance. Il y a des jours où la plupart des patients qui viennent n’ont pas eu d’amélioration, ou ont même eu une empiration (allons, laissez-moi m’amuser un peu). Ce n’est pas bon pour le moral mais après 35 ans de pratique je commence à m’y habituer, quoique… Ce jour-là tous les patients que j’ai donnés en pâture (mmm) aux journalistes allaient mieux. Ils étaient donc tous disposés à vivre eux aussi leur heure de gloire devant la caméra, d’abord pendant le traitement, et puis après, pendant qu’ils avaient les aiguilles dans le corps, en répondant aux questions de mes deux jeunes de la TV.

A propos, tout cela ne fera que quatre minutes dans une émission de vulgarisation…

De temps en temps c’est à moi que les journalistes posaient des questions, toujours centrées sur la « consultation ». L’une d’entre elles me plut. « Au fond, Docteur, nous assistons à un ballet incessant, au cours duquel vous faites tout ». Oui, c’est vrai, je n’ai pas de secrétaire, j’ai cinq cabines qui sont parfois remplies en même temps, je dois me souvenir de qui est où (pas toujours évident), de ne pas oublier un patient dans une cabine, de retourner la crêpe lorsqu’il le faut (je vous expliquerai cela une autre fois), d’écouter et d’interroger, d’examiner et de palper, de piquer, d’enlever les aiguilles, de converser avec le patient, de suggérer, conseiller, encourager, expliquer, sans avoir l’air pressé (pas évident), de m’occuper des papiers, des rendez-vous, des coups de téléphone, et sans jamais m’énerver ni faire de gestes rapides, de me déplacer donc tout le temps avec lenteur (pour moi qui suis un nerveux je vous assure que c’est dur !).
J’ai répondu que leur idée du ballet était charmante, mais j’ajoutai que c’était un ballet tranquille. Sur les murs quelques paysages chinois, des calligraphies de circonstances, sur les meubles des porcelaines, uns boîte en laque, des théières. Une musique authentiquement chinoise, choisie pour son aspect paisible, se glisse partout, dans chaque cabine. Il n’y a pas un mot plus fort qu’un autre. Certains patients s’endorment et ronflent. D’autres lisent, ou méditent. L’atmosphère est calme, et je dois la maintenir ainsi, même lorsque le rythme est bousculé comme ce jour-là. Car ma préoccupation première est le bien-être du patient à partir du moment où il pénètre dans le cabinet jusqu’au moment où il en sort.

J’ai écris quelque part dans le deuxième volume : « Soyez attentif à l’univers intérieur du patient ».

Et c’est maintenant que je comprends pourquoi je voulais vous raconter cette après-midi. A cause de cette phrase, qui amène celle de tout à l’heure : le respect du patient. Celui-ci a plus d’antennes que vous ne pensez, et il faut en tenir compte.

Ce jour-là, pour la petite histoire, j’ai dû jouer la comédie. Entrer et sortir des cabines, marcher dans les couloirs, tirer des rideaux, me mettre de telle façon pour piquer le patient afin que la caméra puisse saisir les gestes.

Le plus dur ? Répondre correctement, mais surtout succinctement, aux questions qu’ils me posaient. Car comme je parle facilement il m’arrive de m’étendre un peu trop…

Peut-être qu’un jour je vous parlerai des consultations où rien ne va.
A bientôt, chers Amis de l’Acupuncture.

NB.

1.Si vous trouvez que cela en vaut la peine, n'hésitez pas à faire suivre ce texte à qui vous voulez.

2. Ce qui me fait plaisir? Ces réflexions enrichissent MON univers intérieur et amélioreront peut-être la qualité de mon enseignement ou de mes livres.

1 Comments:

At Sunday, August 13, 2006, Blogger bdfytoday said...

I love your website. It has a lot of great pictures and is very informative.
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