Thursday, May 03, 2007

Résurgences du passé et mes questions


La photo représente un moment de pause de notre conseil d'administration à Vienne...
Lettre Mensuelle « l’Acupuncture Revisitée » mai 2007

Bonjour Amis de l’Acupuncture,

J’étais il y a quelques jours à un congrès à Baltimore organisé par l’American Academy of Medical Acupuncture ». L’histoire ancienne m’a rattrapé. Vers la fin des années 60 je reçus d’un acupuncteur anglais deux livres écris par un professeur de la Corée du Nord, Kim Bong Han, en 1963 et 1965. Ce dernier prétendait, photos à l’appui, avoir découvert tout un système de communication à l’intérieur du corps, qu’il appelait « Kyungrak System and Theory of Sanal » et faisait un parallèle avec le système des méridiens d’acupuncture. A l’époque les anatomistes occidentaux essayèrent de retrouver ce système ainsi que les illustrations mais malgré tous leurs efforts ne purent jamais reproduire ce que montraient ces deux ouvrages. L’événement tomba dans l’oubli, auteur y compris. Il faut ajouter que l’information venant de la Corée du Nord éveillait fortement la méfiance des scientifiques occidentaux.

Mais l’affaire rebondit (comme on dit si bien dans les livres à « suspense »). A Baltimore un professeur de physique à l’Université Nationale de Séoul (j’ai vérifié, c’est vrai) a essayé de faire revivre d’une manière plus scientifique ce système en utilisant des techniques plus sophistiquées et de le remettre à nouveau en relation avec le système des méridiens. Fidèle aux règlements des publications sérieuses il donne la liste de ses références bibliographiques. Il est manifestement issu du corps académique avec un CV plus qu’honorable. Ses commentaires sont prudents, circonstanciés et mesurés. Toutefois, malgré les efforts qu’il a déployés une certaine gêne m’envahit. Comment nos scientifiques ont-ils pu passer à côté d’un système aussi fondamental et qui s’étend à tout le corps ? Problème de coloration, répond le professeur, qui ajoute d’autres arguments qui me dépassent.

Etant médecin, praticien, enseignant, écrivain, vivant dans ma tête et dans celle de mes patients, et me nourrissant des liens tissés constamment entre tous ces éléments, il n’y a pas beaucoup de place pour la recherche que je laisse à d’autres. Je voulais simplement vous faire part d’un moment de ce congrès qui m’a laissé un léger sentiment d’insatisfaction.

Passons à autre chose : voici un an que vous recevez cette Lettre Mensuelle. La liste de ceux qui la reçoivent s’est allongée. Depuis lors j’ai publié les deux premiers volumes sur l’Acupuncture Revisitée » en français, le premier volume en anglais, un roman, mon site est en train d’être « relooké » (y-a-t-il un mot en français pour cela ?) par une Nathalie qui fait du bon travail, le site sera terminé sous peu, je vous préviendrai.

Mais il se peut que j’écrive dans le vide. Aussi j’aimerai lire vos commentaires suggestions, avis, désirs, demandes, critiques. N’hésitez pas, j’encaisse bien. Tout ce qui vous passe par la tête et qui concerne ce que j’écris, afin que je puisse m’adapter le plus possible à ce que vous attendez de moi. Ecrivez tout ce qui vous passe par la tête, n’importe comment si cela vous convient, mais je ne voudrai pas que vous deveniez une masse silencieuse qui reçoit passivement le fruit de mes cogitations parfois désordonnées.

Envoyez votre courriel à : fbeyens@arcadis.be Je serai le seul à le recevoir, il ne passera pas sur la liste et si par hasard je mentionne vos propos ce sera sans votre nom et avec votre permission. De plus je m’efforcerai de vous répondre individuellement.


A bientôt, chers Amis de l’acupuncture,

François Beyens

N’hésitez pas : visitez le site : http://www.acupuncture-plus.org/

Et le blog : http://uneminedinformationssurlacupuncture.blogspot.com/

Apprenez à me connaître, ayez envie d’en savoir plus, commandez le Tome I, le Tome II, ou les deux (avec un cadeau à la clef) ou contactez-moi pour plus de renseignements.

Et si vous habitez au Canada allez sur le site:

http://www.trafford.com/4dcgi/view-item?item=11523&22063826-22657aaa

Friday, April 06, 2007

Le geste de l'aiguille



Une main, une aiguille, des théières sur une étagère. Quel est le lien? Tout simplement celui qui les a assemblés et photographiés...


Bonjour Amis de l’Acupuncture,

Lorsque j’enfonce une aiguille, chacun de mes doigts exécute un travail précis et différent selon le patient, la technique, les particularités de l’aiguille. Le moment instantané de l’aiguille qui pénètre dans la peau, puis l’accumulation des moments instantanés et successifs de l’aiguille. Le geste de la main et du bras, condensé de tous les gestes antérieurs et successifs, et s’y ajoutant pour le rendre plus précis, toujours perfectible et donc jamais parfait. La danse, la chorégraphie de la main et des aiguilles, cherchant à recréer l’harmonie du corps chez le patient.

Le professeur Huang Weisan cherchait le point de l’index de la main gauche. Les doigts de la main droite tenaient l’aiguille par le manche et approchaient le point en faisant un geste courbe et maîtrisé, comme une arabesque contenue. Cette courbure semblait une forme d’élégance superflue, mais introduisait discrètement une esthétique du geste. Amener la pointe de l’aiguille au point dans la liberté du mouvement, puis laisser la place à la technique.

Geste dix mille fois répétés, dix mille comme « wan » 萬, l’unité chinoise signifiant la presque éternité, le refus de terminer, le comptage sans limite, comme ce souhait risible et honteux de la longévité de Mao : Mao Zhuxi Wansui, 毛 主席 萬歲, « Dix mille ans de vie au président Mao », honte des dirigeants chinois devant leurs pauvres victimes, les 10.000 chinois innombrables, car dix mille n’est pas un chiffre, c’est la négation d’un nombre, le rejet d’une limite, d’une fin, illusion rassurante et combien stupide d’une masse conditionnée par la manipulation de ceux qui s’en servaient pour leurs propres desseins.

Autour de l’aiguille s’arrangent et se disposent des situations uniques, en une toile tissée à travers le temps et les espaces d’une vie passée à faire coexister cet instrument discret dans un rapport bienveillant entre le médecin du corps et la souffrance du patient.

En moi s’élevaient aujourd’hui des voix qui m’incitaient à parler de ces instants où mon désir et mon effort d’équilibre est confronté avec la dysharmonie d’une vie, le chaos d’un organisme en un endroit précis ou dans son ensemble même.

En moi s’élevaient des voix qui, avec urgence, me poussaient à écrire cette multitude de gestes dont la signification est portée par un corps qui vit une douleur et mon aiguille qui doit la vaincre, faisant se joindre mon élan intérieur et la demande silencieuse d’une plainte exprimée.

J’ai écouté ces voix et souri à leurs exigences car elles rejoignaient mes envies. Il n’était cependant pas encore l’heure de faire surgir le mystère de ces gestes, leurs normes et leurs variations. Alors je me suis contenté d’évoquer le temps de quelques phrases une facette du monde qui m’habite.

Les praticiens chinois ont magnifiquement décortiqué et décrit, en des termes parfois imagés ou poétiques, la Technique de la Main, Shoufa, 手法, c’est-à-dire la façon d’utiliser une aiguille, commençant par la base pragmatique, puis s’égarant dans des complications à décourager les mains les plus virtuoses. Aussi faut-il viser l’utile et l’efficace, ce que je fais bien sûr dans mes cours, sans pouvoir résister à la tentation de mentionner les manipulations nées d’un syncrétisme effréné cherchant l’accord parfait résonnant dans tout l’univers.

Au mois prochain, chers Amis de l’acupuncture,

François Beyens

N’hésitez pas : visitez le site : http://www.acupuncture-plus.org/

Et le blog : http://uneminedinformationssurlacupuncture.blogspot.com/

Apprenez à me connaître, ayez envie d’en savoir plus, commandez le Tome I, le Tome II, ou les deux (avec un cadeau à la clef) ou contactez-moi pour plus de renseignements.

Et si vous habitez au Canada allez sur le site:

http://www.trafford.com/4dcgi/view-item?item=11523&22063826-22657aaa

Wednesday, February 28, 2007

Des erreurs à ne pas commettre



Cette photo a été prise lors d'une présentation privée de mon roman...

Lettre Mensuelle février 2007

Bonjour Amis de l’Acupuncture,

L’envie d’écrire cette lettre mensuelle arrive sans prévenir. Il faut que j’arrête tout séance tenante et que je m’y attelle. Je préparais justement les modifications à apporter à mon site, puisqu’il y aura une partie en anglais (pour le premier volume sur l’acupuncture) et une partie pour présenter le roman dont je vous parlais dans ma dernière lettre.

Lorsqu’on aborde le monde de l’acupuncture un excès d’enthousiasme ou au contraire une surcharge de méfiance peut fausser le rapport que nous essayons d’établir avec cette technique et avec le système médical dont elle fait partie.

Il y a dès le début des erreurs à ne pas commettre :

Replacer un phénomène historique dans notre 21ème siècle et vouloir juger de sa valeur uniquement en fonction de nos conceptions scientifiques actuelles.

Il est essentiel que l’acupuncture soit analysée et évaluée en fonction de nos critères modernes, afin de trouver sa juste place dans l’arsenal thérapeutique. Il n’y a en principe aucune raison de ne pas la soumettre aux essais cliniques contrôlés, à la comparaison avec le placebo ou avec une autre méthode de traitement pour des schémas pathologiques similaires, et enfin au regard scrutateur de la médecine basée sur l’évidence. Mais ce n’est pas si simple et chaque effort se heurte à des difficultés imprévues. Ainsi comment effectuer un traitement « placebo » en acupuncture ? De nombreuses solutions ingénieuses ont été proposées (fausse aiguille, fausse piqûre, mauvais endroit, etc.). Chacune comporte des avantages et des inconvénients, et la critique est facile. Mais les chercheurs et les « expérimentateurs » progressent, entamant au passage le concept de la médecine basée sur l’évidence (EBM en anglais) qui devient parfois la médecine basée sur l’expérience (même sigle !).

Toutefois il ne faut pas tomber dans le travers opposé qui consisterait à accepter tout ce qui nous vient des sources chinoises les yeux fermés. Le don d’observation, d’analyse et de synthèse des praticiens chinois au cours des siècles force l’admiration, mais a souvent débouché sur des dérapages quant à l’interprétation, aux théories ou aux traitements. Il faut faire un tri dans tout cela.

Vouloir confronter :

Notre langage technique et scientifique, très déterminant et déterminé.

Une terminologie et une formulation archaïque que l’on ne peut comprendre qu’en fonction du contexte. Et ce contexte possède des facettes multiples.

- Un niveau de connaissance scientifique ou protoscientifique parfois limité, ce qui est normal étant donné que les concepts sur l’acupuncture ont surgi il y a plus de deux mille ans.

- Une approche culturelle particulière fortement teintée par le profil de sa civilisation, ainsi que par les caractéristiques de la pensée chinoise qui se projette de façon multiforme dans tous les aspects des activités, de l’art à l’agriculture, de la diététique à l’astronomie, des techniques aux rituels, des concepts existentiels aux approches pragmatiques, des inventions à la médecine, etc.

- Le respect de la parole ou des écrits de ceux qui ont précédé, ancêtres familiaux, maîtres ou dirigeants, penseurs ou théoriciens divers selon les époques. Il en résulte d’ailleurs un certain immobilisme dans la civilisation chinoise qui lui a permis, entre autres, d’être la seule ancienne à exister encore aujourd’hui.

Là où nous demandons des preuves, la tradition chinoise apporte des résultats.
Là où nous voulons une mesure, la tradition chinoise apporte une estimation.
Là où nous exigeons une cause, la tradition chinoise se contente de repérer les liens entre les phénomènes observés.

Ne connaissant pas encore les rigueurs et les exigences de la science, c’est l’approximation, l’intuition et une certaine logique pragmatique qui régnaient dans les esprits chinois, mais dans toute l’acception positive et constructrice ( ?) des termes.

Oui, je sais, aujourd’hui ce que je vous écris n’est pas très facile, mais c’est important de parfois s’y attarder. Et pour moi c’est une forme de ressourcement, afin de ne pas perdre mes repères.


Bonne journée, Amis de l’Acupuncture, et au mois prochain,

François Beyens


N’hésitez pas : visitez le site : http://www.acupuncture-plus.org/

Et le blog : http://uneminedinformationssurlacupuncture.blogspot.com/

Apprenez à me connaître, ayez envie d’en savoir plus, commandez le Tome I, le Tome II, ou les deux (avec un cadeau à la clef) ou contactez-moi pour plus de renseignements.

Et si vous habitez au Canada allez sur le site:

http://www.trafford.com/4dcgi/view-item?item=11523&22063826-22657aaa

Saturday, January 20, 2007

Changement de sujet: un roman



Cette photo fut prise en novembre 2006. J'ai habité dans l'immeuble de gauche, l'appartement à l'avant dernier étage à gauche, pendant plus d'un an, entre 1968 et 1970. Les constructions ont vieillies. Cela m'a étonné (et fait plaisir) qu'elles n'aient pas encore été démolies et remplacées par des gratte-ciels géants.

Je fus tenté de demander à revoir l'appartement, mais je n'ai pas osé...

Lettre Mensuelle janvier 2007

Bonjour Amis de l’Acupuncture,

Ce blog concerne l’acupuncture (oui, c’est une lapalissade), mais comme c’est moi qui l’écris il concerne la personne que je représente en tant que médecin acupuncteur. Aussi cette fois je vais vous entretenir un peu tangentiellement d’une conséquence de mon intérêt pour cette technique.

Entre 1968 et 1970 j’ai vécu à Hong Kong et à Taiwan. J’y ai appris l’acupuncture, la langue chinoise, et bien d’autres choses sur la Chine et les Chinois. Je vivais dans un monde cosmopolite où les différentes cultures que nous apportions s’accommodaient entre elles ainsi qu’avec la présence d’une plus particulière, vieille de deux ou trois millénaires, qui nous entourait, nous fascinait et nous confondait à la fois par sa complexité, par la profusion des détails, par l’importance des rites et des traditions.

Nous étions nombreux à être de jeunes étrangers célibataires, aux activités diverses, étudiants ou enseignants, travaillant dans la finance ou l’import-export, coopérants ou diplomates, sinologues ou chercheurs. Les jeunes filles et les jeunes femmes chinoises nous troublaient, nous séduisaient. Certaines dégageaient un parfum d’exotisme (parfois il faut le dire de pacotille), d’autres intriguaient par leur discrétion, leur réserve, un je ne sais quoi de mystérieux qui attiraient nos regards. Portant dans leur démarche, leur façon de parler ou de rire tous les charmes de l’Orient que notre imagination souvent incontrôlée leur attribuait, elles ne manquaient pas de nous déstabiliser, voire de nous aveugler, et rares étaient ceux qui parmi nous y résistaient.

J’ai toujours voulu écrire un roman dont l’histoire se serait passée dans cette colonie britannique aux mille facettes et à la beauté envoûtante. La vie m’en a empêché pendant longtemps, mais maintenant c’est fait. Le livre va être publié aux éditions Artésis en Belgique, et présenté à la Foire du Livre à Bruxelles (fin février) et au Salon du Livre à Paris (fin mars), au stand de l’Association des Editeurs Belges.

S’appelant « Des soupirs perdus à Hong Kong » vous devinerez facilement qu’il raconte l’histoire qui se tisse entre un homme et une femme, sujet éternel mais jamais épuisé. Entre autobiographie et fiction la trame se nourrit aux nombreuses sources qui m’entouraient, le recul, le temps, l’oubli et le processus de création ont fait le reste.

Mon premier plaisir fut de l’écrire. Un second, inattendu mais ô combien agréable fut de trouver un éditeur. J’attends l’éventuel troisième, la lecture par d’autres, dont je suis curieux d’entendre les échos. Toutefois ne vous attendez pas à une grande œuvre, tout au plus à la percée momentanée dans un moment de vie qui s’est passé dans un lieu presque mythique appelé « Port Parfumé », Hong Kong.

Et puis, entre nous, je voudrais écrire la suite, dont les matériaux sont déjà prêts ! Mais je vous tiendrai au courant. De toute façon il sera sur mon site Web.

J’ose espérer que votre générosité pardonnera la liberté que j’ai prise de parler d’un sujet qui n’a qu’un lien de coïncidence avec le thème de l’acupuncture en tant que tel.


Bonne journée, Amis de l’Acupuncture, et au mois prochain,

François Beyens


N’hésitez pas : visitez le site : http://www.acupuncture-plus.org/


Apprenez à me connaître, ayez envie d’en savoir plus, commandez le Tome I, le Tome II, ou les deux (avec un cadeau à la clef) ou contactez-moi pour plus de renseignements.

Et si vous habitez au Canada allez sur le site:

http://www.trafford.com/4dcgi/view-item?item=11523&22063826-22657aaa

Saturday, December 30, 2006

Echecs ou succès


Lettre Mensuelle décembre 2006

Bonjour Amis de l’Acupuncture,

Oui, je sais, j’ai failli écrire la Lettre de décembre au mois de janvier. Mais des voyages lointains ainsi que les turbulences habituelles du mois de décembre ont mangé mon temps et retardé son organisation. Cela ne m’empêche pas de vous souhaiter une année 2007 ensoleillée à tous points de vue.

J’hésite devant mon écran : quel sujet aborder aujourd’hui ? L’envie surgit soudain de parler d’échecs en acupuncture. Je concède volontiers que ce n’est pas très constructif, et pourtant c’est réaliste et nécessaire pour brider les enthousiasmes trop délirants. Ne mentionner que les succès serait faire preuve de satisfaction exagérée. Néanmoins les deux groupes (ainsi que leurs nuances intermédiaires) suscitent parfois l’étonnement par leur aspect imprévu. Là où le praticien pensait se trouver devant un patient présentant un profil pathologique relevant d’un traitement par acupuncture avec de grandes chances de réussite aucun progrès n’est constaté après plisieurs séances, même chez les patients ouverts, bien disposés et confiants. Par contre le praticien est consulté parfois par des personnes souffrant d’une maladie qui est loin de faire partie des listes d’indications de l’acupuncture. Par acquis de conscience il propose un « essai » limité dans le temps et dans le nombre de séances, presque persuadé qu’il court au devant d’un échec. Et pourtant c’est le contraire qui arrive ! Le patient est ravi, le praticien aussi (et perplexe bien sûr).

C’est pourquoi il ne faut jamais promettre la lune aux patients, ni garantir la guérison. Il ne faut pas non plus être toujours pessimiste et décourager ceux qui viennent consulter. Il faut montrer en même temps un savant équilibre d’intérêt, de détermination, de volonté d’essayer et de possibilité de réussite (côté positif), et une sage prudence dans les propos pour ne pas décevoir ceux qui viennent demander une solution à leurs problèmes de santé. Cette navigation dans l’expression du pronostic est délicate et nécessite beaucoup de nuances dans le discours tenu. Le patient sera reconnaissant de l’honnêteté montrée par le praticien.

Mais il y a un risque que le patient se décourage trop tôt, démoralisé malgré les précautions prises par la prudence affichée dans les propos du praticien qu’il a pris à tort pour l’annonce d’un échec. Aussi faut-il soutenir le moral à chaque séance, être attentif aux manifestations de doute, réaffirmer qu’il y a des chances de résultat positif, souligner que les progrès ne se font pas toujours d’une façon linéaire mais parfois avec des hauts et des bas. Expliquer, raconter, préciser, rassurer. Il n’existe pas de formule idéale, car cela dépend de la pathologie, du profil psychologique, de l’histoire, de l’âge et de l’ancienneté, des médicaments pris, de la constitution, ainsi que du praticien lui-même.

En conséquence les échecs peuvent prendre des formes multiples. L’abandon après la première séance ou le découragement trop rapide, la trop grande sensibilité aux aiguilles, le manque de compréhension de ce que le praticien essaye d’obtenir ou les exigences trop élevées du patient, le manque de persévérance ou la diversion vers d’autres formes de traitement sous les conseils de l’entourage Le manque d’attention de la part du praticien (pour des raisons parfois valables et compréhensibles) ressenti par le patient d’une manière négative. L’insuffisance de la communication, qu’elle soit en quantité ou en qualité, ce qui rend la relation rigide et froide au lieu d’être souple et chaleureuse. Il faut penser également aux incompatibilités, à l’opposition des personnalités, aux impatiences mutuelles.

De vous raconter cela me déprime en ces jours de traditions qui se veulent joyeux. Aussi vais-je terminer par une histoire :

« Un prêtre taoïste, qui traversait le cimetière du palais d’un prince, fut attaqué par une armée d’esprits malins, dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Il obtint enfin l’aide d’un passant, qui l’accompagna ensuite jusque chez lui. Le prêtre dit alors à son sauveur :

Je vous suis profondément reconnaissant pour m’avoir sauvé, mais je n’ai hélas pas les moyens de vous récompenser. Voici cependant une amulette qui vous gardera très efficacement contre les esprits malins. Veuillez l’accepter avec ma gratitude »


Bonne journée, Amis de l’Acupuncture, et au mois prochain,

François Beyens


N’hésitez pas : visitez le site : http://www.acupuncture-plus.org/

Et le blog : http://uneminedinformationssurlacupuncture.blogspot.com/

Apprenez à me connaître, ayez envie d’en savoir plus, commandez le Tome I, le Tome II, ou les deux (avec un cadeau à la clef) ou contactez-moi pour plus de renseignements.

Et si vous habitez au Canada allez sur le site:

http://www.trafford.com/4dcgi/view-item?item=11523&22063826-22657aaa

Monday, October 30, 2006

Le problème des sources en acupuncture I


Lettre Mensuelle novembre 2006

Bonjour Amis de l’Acupuncture,

La liste de ceux ou celles qui s’intéressent à la Lettre Mensuelle s’allonge. J’y ajoute peu à peu les adresses de personnes qui se sont intéressés à nos activités et dont j’ai gardé les coordonnées. Rappelez-vous qu’il suffit de m’envoyer un courriel pour ne plus faire partie de la liste. Vous pouvez également m’envoyer les adresses de vos connaissances que cela intéresserait éventuellement.

Cette liste ne se limitant pas qu’aux praticiens j’évite d’être trop technique ou de donner trop de précisions sur tel ou tel traitement. Il ne s’agit pas de proposer un cours par lettre mensuelle mais plutôt d’écrire sur ce qui ne s’y trouve pas mais qui concerne quand même le monde de l’acupuncture.

Il en est ainsi des « sources » de l’acupuncture. Sur quoi nous appuyons nous ? D’où tirons-nous nos informations ? Quelle valeur pouvons-nous leur accorder ? Comment faire le tri dans l’abondance de références, et comment vérifier l’authenticité de celles-ci ? Parmi les centaines d’ouvrages (peut-être plus) qui ont été publiés depuis les dernières décennies et dont nous disposons d’un exemplaire, auxquels pouvons-nous faire foi et desquels devons-nous nous défier ? En fonction de quels critères ?

Comme vous voyez les questions sont multiples, l’une en amenant une autre, et il n’est pas dans mon intention de faire un cours entier sur le sujet mais simplement de vous y sensibiliser.

Les obstacles à une utilisation correcte des informations sont donc multiples. Il faut dire que tout nous vient d’abord de bien loin, dans l’espace et dans le temps.

Au début, comme dans toute civilisation et toute culture, il y eut la tradition orale, dont on retrouve encore maintenant les méthodes de mémorisation dans certains textes où dominent la versification, la rime, le rythme et la répétition d’une part, la transmission de secrets de maître à disciple qui presque par définition ne se fait que de bouche à oreille.

Puis, lorsque s’imposa la tradition écrite, la transmission des informations se fit plus systématique, mais la plupart du temps sans l’appoint de la critique objective ou rationnelle et sans la méthode de critique historique qui fut développée il n’y a pas si longtemps. Cela est tout à fait normal en fonction du niveau de connaissances à cette époque.

Il faut dire que l’analyse et l’évaluation de ces informations sur les théories, les techniques les traitements, nous oblige à confronter plusieurs obstacles :

1. L’écriture.
2. Les livres.
3. La formulation et les caractéristiques de la pensée chinoise.

En d’autres termes, pour apprécier à leur juste valeur les sources que nous possédons il faudrait être sinologue, et même plus, sinologue spécialisé dans le domaine de la médecine chinoise. Or il y en a très peu. Ces derniers peuvent se compter sur les doigts d’une main ! Alors que faire ? Se tourner vers l’autorité d’origine, les spécialistes chinois ? Jusqu’à un certain point, oui, mais ils manquent souvent de rigueur critique et acceptent parfois trop facilement ou aveuglément ce qui vient de leur propre passé. De plus le processus d’adaptation à notre monde occidental est souvent mal effectué, si ce n’est pas du tout, avec l’argument suivant : cela se fait ainsi chez nous, pourquoi pas chez vous ?

Il existe également un groupe de quelques dizaines de médecins (donc formés aux méthodes modernes et scientifiques) et qui ont fait l’effort d’apprendre le chinois parlé et écrit, et qui ont donc la possibilité de consulter les livres en chinois, qui ont acquis une certaine connaissance de la culture chinoise et de la manière de penser des cerveaux chinois, et peuvent donc avec prudence émettre des opinions, des jugements, des appréciations plus autorisés. J’appelle cette catégorie les « sinophiles » et j’en fais partie. La prudence dans la réflexion et dans les affirmations est de mise, mais nos connaissances sont très utiles pour débroussailler le terrain, sélectionner les textes, vérifier les affirmations ou les citations. Mais seulement jusqu’à un certain point.

Il existe encore une catégorie : ceux qui ont appris l’acupuncture et/ou la médecine chinoise et/ou la langue chinoise mais qui n’ont pas de formation scientifique. Tout dépend alors de leurs caractéristiques individuelles, de leur rayon de connaissances, de leur esprit d’analyse et de réflexion.

Ah ! J’oubliais ceux qui, ans aucune formation, mais nantis d’un dictionnaire et de quelques cours, se lancent avec enthousiasme dans le commentaire de textes ou même d’idéogrammes.

Mais le danger guette ! La tentation de devenir un « sinofana » est parfois irrésistible, ce qui entraîne la perte de l’esprit critique. On devient alors un intransigeant de la Tradition, au détriment de la lucidité et de l’objectivité.

Toutes ces catégories se fondent parfois les unes dans les autres, formant un réseau de connaissances à divers niveaux de qualité, de fiabilité, d’autorité, et il n’est pas évident de s’y retrouver. Aussi tout ce qui est dit ou écrit sur l’acupuncture ou sur la médecine chinoise doit être reçu avec prudence…

Heureusement il existe un « noyau de base » sur lequel presque tout le monde est d’accord (même parfois les tenants de l’acupuncture contemporaine). Nous en reparlerons une autre fois.

Bonne journée, Amis de l’Acupuncture, et au mois prochain,

François Beyens


N’hésitez pas : visitez le site : www.acupuncture-plus.org


Apprenez à me connaître, ayez envie d’en savoir plus, commandez le Tome I, le Tome II, ou les deux (avec un cadeau à la clef) ou contactez-moi pour plus de renseignements.

Attention, toutes les modalités d’achat ne sont pas encore opérationnelles. Un peu de patience.

Et si vous habitez au Canada allez sur le site:

http://www.trafford.com/4dcgi/view-item?item=11523&22063826-22657aaa

Wednesday, October 04, 2006

Un peu d'égo à Athènes et à Thessalonique


Lettre Mensuelle Octobre 2006

Bonjour, Amis de l’Acupuncture,

Je vous écris de Thessalonique, une belle ville étalée le long d’une enclave dans la mer d’Egée, près de laquelle je pus visiter le tombeau retrouvé intact de Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand. Sur le toit de l’hôtel se trouve un grande terrasse dominant la baie où, à l’ombre d’un parasol je me suis installé pour écrire.

Ce que je fais dan cette ville ? L’Association des Médecins Acupuncteurs du Nord de la Grèce m’y a invité pour prononcer le discours inaugural de leur cours. Etant le premier à parler, et ayant un temps de une heure et demie, je me sens investi d’une certaine responsabilité. Hier c’était à Athènes que j’officiais dans le même cadre et la confiance des organisateurs m’a touché.

Je n’ai pas besoin de papier ni de texte. C’est un plaisir de conter cer qui surgit du plus profond de moi, un peu pêle-mêle, et qui a trait à ce qui les attend. L’aventure, la découverte, les efforts, les doutes, les questions, les enthousiasmes et les déceptions, les surprises et les erreurs.

Je les sens attentifs, sans préjugé ni méfiance. Ils ne bougent que pour dégourdir un membre ou changer de position. Je les rassure, je les encourage, je les préviens. Je les fais rire aussi pour me rapprocher d’eux. Je me promène entre les rangées, mes bras font de larges mouvements, ma voix passe du sonore au murmure, du discours à la confidence, et je sens qu’ils apprécient ces ruptures dans la monotonie qui guette une parole trop linéaire. Oui, c’est vrai, je leur offre l’information sous forme de spectacle, de voyage où je les emmène de la découverte de l’acupuncture en Occident (surtout dans les années 70) à la situation actuelle, à travers des histoires ou des souvenirs. Je leur parle bien sûr de ICMART (International Council of Medical Acupuncture and Related Techniques) dont l’utilité n’est pas évidente pour chaque individu mais essentielle pour le monde de l’Acupuncture Médicale. Je les fais entrer par instants dans ce monde, expliquant les grandes excitations des congrès, l’information des séminaires, le réseau tissé par tous ceux qui aident à la défense et à la promotion de cette technique qu’ils vont apprendre mais dont ils ne connaissent encore rien.

Debout au milieu d’eux j’ai envie de les toucher, comme je le fais avec mes étudiants chez moi. Ma main se pose sur une épaule, elle ébouriffe légèrement des cheveux, tape sur un dos en passant. Mais ici je ne les connais pas et cette formule acceptée par mes étudiants serait peut-être mal perçue ici.

Pourtant, à mes yeux, ils sont tous les futurs enfants de l’acupuncture et pour moi, dont les années commencent à compter, ce sont d’une certaine façon aussi mes Enfants de l’Acupuncture, et j’aime cela. L’inspiration qui me vient alors en puisant dans l’abondance de sujets qui m’habitent et en choisissant ceux qui sont appropriés au moment présent font que d’une fois à l’autre ce que je dis est différent, autre, quoique participant de la même filiation de pensée. L’interprète est étonnée que ce que je dis aujourd’hui à Thessalonique est au moins pour moitié différent de ce que j’ai dit hier. Je fais confiance à mon intuition - et à mon entraînement- pour présenter une parole cohérente et qui puisse leur servir lors du chemin ardu qu’ils vont parcourir. D’une part je dépens du vagabondage de ma pensée mais d’autre part je ne désire pas perdre de vue la raison pour laquelle je suis ici : élargir leur horizon, renforcer les décisions, éliminer les hésitations, et les faire entrer « en petite pompe » dans le monde si stimulant de l’acupuncture.

J’use donc de la spontanéité et de l’inspiration mais je n’en abuse pas. Je me veux efficace et utile, au détriment de ma mémoire car je ne me souviens pas toujours de ce que j’ai dit.

Pour illustrer ce dernier point, un souvenir : il y a quelques années j’étais convié à Bad Neuheim pour fêter les 70 ans du Dr Jochen Gleditch, qui fut un des présidents de ICMART, et que tout le monde apprécie pour sa gentillesse, sa générosité, sa douceur. Après le banquet, lors que vint mon tour de parole, je me levai et prononçai quelques mots de circonstance, à ma manière qui est particulière, et terminai en disant : Mon cher Jochen, tu es le Sourire de l’Acupuncture ».

A la fin de la soirée il vint me trouver pour me faire part du plaisir que lui avais procuré mon petit discours, et pour m’en demander le texte. Je dus lui répondre : Jochen, je n’ai pas de texte, tout est venu comme ça, grâce à l’ambiance, à l’affection que nous te portons tous… et un peu à l’alcool qui délie les langues et stimule la parole.

Mais pas la mémoire, car je ne souviens plus de ce que j’ai dit, et c’est toujours comme ça quand je veux être spontané.

Mmm, un peu superficiel le bavardage de ce mois. J’essayerai d’être plus technique le mois prochain.

Alors, Chers Amis de l’Acupuncture, au mous de novembre.

Acupuncturalement Votre,

François Beyens